LE GOÛT DE BARCELONE

Le décalage horaire est la seule chose difficile à vivre à Barcelone. « Comment ça le décalage horaire ? » objectent déjà certains. Théoriquement on ne change pas de fuseau horaire, certes. Mais le rythme barcelonais et le rythme parisien n’ont que peu de choses en commun.

Arrivée jeudi 8 octobre vers 20h, après une journée harassante à Paris, sous un pull-over à col roulé. La porte de l’aéroport s’ouvre… silhouettes noires des palmiers sur aplat soleil couchant, bienvenue en juillet ! Il fait 24 °C. A 21h30 nous commençons à peine l’apéritif. Le voilà… le décalage qui me tue les premiers jours dans la cité catalane… Déjeuner à 14h, dîner à 22h, coucher à 2h minimum et lever à 8h, parce que je suis incapable de changer aussi vite mes habitudes. Oui, il existe donc bel et bien un décalage horaire à 1h25 d’avion de Paris.
Par quoi on commence ? Quelques pica picaAlcaparrones et pa amb tomaquet. Les premiers sont des câpres mais en version jumbo (en France on appelle ça des caprons et c’est assez compliqué à dénicher), leur goût est plus subtil, moins acide que celui de leur cousin nain. Et le pa amb tomaquet est à Barcelone ce que la bruschetta ai pomodorri est à la Toscane, une chose toute simple et divine si vous avez LA tomate au goût de fruit.
Le Pa amb tomaquet de la Titane
De belles tranches de pain rustique
Une gousse d’ail pelée à vif
des tomates bien mûres
de l’huile d’olive
sel
poivre
Frottez le pain avec une gousse d’ail à vif et réservez. Passez les tomates à la grille pour en retirer la pulpe, salez, poivrez, ajoutez de l’huile d’olive pour lier puis étaler généreusement la mixture sur le pain. Le tout arrosé d’un verre de rouge catalan pour faire local. En principe les espagnols étalent directement la tomate coupée en deux sur le pain, mais il est très rare de trouver des tomates assez mûres et assez juteuse pour ce faire.
Il est minuit, l’heure de sortir… Un verre au Big Bang, quelques pas de mambo au Sifó. A Barcelone il est possible de rentrer dans les bars pour y danser sans consommer quoi que ce soit et par ailleurs les pakistanais vendent des bières à toute heure du jour et de la nuit, même dans des ruelles absolument inconnues des touristes et a priori désertes.
Ce billet devait, comme tous les autres, demeurer culinaire mais j’ai pris le temps de faire quelques détours… Déambuler à pied ou à vélo dans les rues de Barcelone est ce que je préfère. Juste avant que vos semelles ne vous lâchent après une journée de marche, courrez acheter une BD chez Continuarà qui propose un vaste choix en espagnol, anglais et français, souvent pour un prix dérisoire. Poussez ensuite jusqu’au bord de mer ou encore au Montjuic pour bouquiner tranquille.

En ce moment la fondation Cartier à Paris propose une exposition très courue… Né dans la rue. Consacrée au graffiti, elle attire les parisiens qui pourtant se scandalisent devant les œuvres sauvages des murs de Paris, notre superbe ville musée. Il faut croire que le parisien a besoin d’un cadre (en bois doré) et qu’il ne dépasse jamais lorsqu’il colorie… Tandis qu’ici, à Barcelone, les murs sont vivants.
Une fois que vous aurez bien tourné en ville, descendu Las Ramblas jusqu’à la colonne de Colomb, poussé jusqu’à Barceloneta puis enfin jusqu’au Port Forum (construit à l’occasion du Forum mondial de la culture en 2004 et aujourd’hui dans un quartier un peu à l’abandon avec des immeubles de luxe dont la construction, crise oblige, est aujourd’hui en suspend) revenez sur vos pas jusqu’au Quartier de Poblenou. Là, posez-vous sur l’un des cafés de la rambla centrale ombragée de platanes et, loin des hordes de touristes de la Plaça Catalunya, allez-y sur les tapas qui coûtent bien moins cher que dans les bars vaguement basques de Passeig de Gracià.
Puisque j’en parle, Passeig de Gracià est mon avenue préférée à Barcelone. Cet avis de touriste fait frémir Anne, barcelonaise depuis plus d’un an. Il est vrai que l’on y rencontre le pire en matière de restaurants et de magasins de vêtements, mais Gracià est aussi une allée moderniste magnifique. Les dalles octogonales aux motifs floraux, les lampadaires en fer forgé, la casa Amatller (passez-y acheter une boîte en fer de chocolat à la taza), la casa Batllo, la Pedrera, où va se tenir très bientôt une exposition sur l’œuvre de Maillol, ce qui me permet de découvrir que « Maillol était catalan. » 

Diantre on m’aurait caché des choses ! El Pais  se fait moins catégorique que La Vanguardia sur le sujet. Dans les colonnes du premier, il s’agit seulement de l’ « artiste franco-catalan ». Après une petite vérification, Aristide Maillol est né à Banuyls-sur-mer et fut élève au lycée de Perpignan. Si Maillol était attaché au pays catalan de son enfance, cela fait-il de lui l’artiste dévoué à la catalanité que nous présentent les grands quotidien espagnols ?! A voir.

Si vous souhaitez emporter avec vous un souvenir relativement authentique de cette avenue ô combien surfaite et touristique, prenez le temps de la gravir jusqu’en haut, de préférence le dimanche matin et poussez la porte de la casa Fuster. Un petit palace, un bijou moderniste dont le café Vienes sera alors tout à vous, au moins jusqu’à midi. Vous pourrez vous plonger dans les sinuosités des canapés aux coussins moelleux pour déguster un café americano assorti de quelques délicats biscuits aux noisettes. 

Comme le barman était seul, j’ai pu obtenir quelques recettes de cocktails, dont le Ninja, spécialement inventé par les barman du café Viernes pour une clientèle jeune et dorée… Très bientôt il faudra que je vous fasse ça.
Après une après-midi de shopping (oui, Anne aussi fait du shopping, surtout lorsque je suis là c’est vrai. Mais entre Mango, Sfera, Desigual ou Zara, faut bien non ?)… Un petit rituel de copines très calorique : manger un flap jack dans l’un des Buenas Migas de la ville. Qu’est-ce que vous y mangerez ? La cuisine d’un italien et d’une anglaise, émigrés à Barcelone, dont les recettes ont depuis fait florès, puisque vous trouverez près de 5 Buenas Migas en ville. Si vous avez un gros creux, nous vous recommandons donc le flapjack avec son petit pot de fromage blanc battu : un énorme pavé au muësli et au miel. Une chose bien roborative, beaucoup trop lourde pour ce mois d’octobre estival, mais un rituel est un rituel.

Il n’est pas une ville où je me sois rendue dont je n’ai pas le ticket d’un jardin botanique, d’un potager atypique ou d’un parc extraordinaire. Lorsqu’Anne m’a parlé du jardin au labyrinthe dans le quartier d’Horta (horta, comme… horticulture), la petite Alice qui sommeil toujours en moi s’est réveillée avec une furieuse envie d’y suivre le lapin blanc. Nous voilà donc parties vers le plus ancien jardin de Barcelone, conçu à la fin du 18ème siècle : palais néo mauresque, jardin chinois, labyrinthe central, kiosques à musique, topiaires et statues pour une pause hors du temps.
D’ailleurs, tout pousse à Barcelone, il ne gèle jamais. Une petite envie de verdure avant le retour ? Rendez-vous chez Hivernacle, un lieu atypique. On y aurait vu un centre culturel, un bar lounge branchouille, un atelier d’artiste, et non, c’est une jardinerie qui se cache derrière les murs de brique.

Barcelone est une ville peu frileuse en matière de design. Une petite adresse pour dormir design donc… L’hotel Emma, juste à côté d’une galerie qui présente en ce moment des oeuvres de Cinalli.

On a bronzé, on a dansé, on a bu et on a beaucoup cuisiné… Le poulet au curcuma avec sa sauce tomate et gingembre que je réclame à Anne des semaines à l’avance, le gaspacho de Tito, les pralines, la tarte à la confiture, les poires dashi pochées à la cannelle pour une tarte bourdaloue improvisée avec une crème d’amande au yaourt, la tarte aux prunes marinées dans le miel et la muscade. Mais tout cela n’a rien de bien catalan. J’ai fait une grande découverte culinaire toute bête : la farine intégrale donne un charme puissamment rustique à la pâte sablée. J’ai également appris à utiliser un four avec deux positions seulement (fort et faible) pour faire de la pâtisserie, utiliser une bouteille de vin au lieu de mon rouleau acheté tout spécialement chez Mora, je sors du cadre… Je me déparisianise (merci ma Titane).

J’oubliais. J’ai failli rater mon avion en faisant une dernière promenade sur Gracià lorsque je suis tombée chez Vinçon. Tout ce qui se fait en matière de design culinaire est là. Même les ustensiles de Ferran Adrià, Faces. Du beau, du pratique, du chic et la collection intégrale des mugs Pantone !

Carnet d’adresses


Big Bang bar Oldies
Carrer de Botella 7
08001 Barcelona


Bar Sifó
Carrer d’Espalter 4
08001 Barcelona


Librairie BD Continuarà
via Laitana 29
08003 Barcelona
www.continuara.org


Jardinerie Hivernacle
Melcior de Palau 32-36
08028 Barcelona
www.hivernacle.net


Parc del Laberint d’Horta
Passeig dels Castanyers 1
08035 Barcelona


Café Vienes
Hotel Casa Fuster
Tout en haut de Passeig de Gracià
5,70 euros le café americano mais ça vaut le coup !


Buenas Migas
Maremagnum
Plaça Odissea
08001 Barcelona
www.buenasmigas.es


Hotel Emma
Carrer Rosselo 205
08008 Barcelona
www.room-mateshotel.com

Mito Galeria d’Art Contemporani

Ricardo Cinalli, Endemoniados
Carrer del Rossello 193
08008 Barcelona

Vinçon
Passeig de Gràcia, 96
08008 Barcelona
www.vincon.com

Et bien-sûr, même si je n’en ai pas parlé ici…
Barcelone regorge de marchés aux étals fantastiques.
Un petit tour à la Boqueria pour le Belotta Pata Negra, 
la boutargue moins chère qu’en France, les jus de fruits frais, 
les graines en tout genre, les bonbons, etc.

10 Comments

  1. Pingback: Le problème avec la cuisine espagnole… « www.lapintadeaixoise.com

  2. Pingback: Recettes d’été | La Pintade aixoise

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